MYTHE OLYMPIQUE ET HEROS SPORTIFS :
ELEMENTS DE SYNTHESE
(COLLOQUE INTERNATIONAL DE MONASTIR, 23-25 SEPTEMBRE 2010)
ELEMENTS DE SYNTHESE
(COLLOQUE INTERNATIONAL DE MONASTIR, 23-25 SEPTEMBRE 2010)
Gilles FERREOL
Professeur à l’université de Franche-Comté (France),
directeur du LASA (laboratoire de socio-anthropologie, EA 3189)
Compte-rendu du Colloque 
Trois communications en plénière, une quarantaine d’autres présentées lors de neuf sessions spécifiques : les organisateurs avaient concocté un programme dense, copieux, structuré de manière adéquate et qui, de l’avis général, a rempli toutes ses promesses. Une double perspective a été privilégiée : comparative (avec beaucoup de monographies et d’illustrations) et pluridisciplinaire (recours à l’histoire, mais également à la sociologie, à la science politique, à la psychologie sociale, aux STAPS…), la thématique centrale – autour des rapports entre sports, olympisme, héros, légendes et mythes – étant déclinée de différentes façons avec, en particulier, des préoccupations d’ordre méthodologique relatives à la définition et à l’analyse critique de ces termes clés.
Nous pouvons ici partir classiquement, à la suite de John Hoberman, d’un questionnement portant sur l’impact du mouvement olympique (et de la philosophie de ses pères fondateurs, dont Pierre de Coubertin) en termes de pacification, de rapprochement entre les peuples, de diffusion de valeurs de respect, de partage ou de convivialité, de médiation, de stabilisation ou de normalisation lors de crises ou de conflits entre belligérants. Ces répercussions supposées « vertueuses» nécessitent un examen attentif, placé sous le signe de la déconstruction : cependant, même si de tels effets ne doivent pas être surestimés et correspondent souvent à d’autres motivations, notamment économiques, ils peuvent aussi apporter leur pierre à l’édifice en évitant, en tant qu’auxiliaire de la démocratie, la « montée aux extrêmes ».
Dans une optique maussienne, nous avons affaire à un « phénomène social total », l’approche constructiviste adoptée par beaucoup de contributeurs prenant ses distances avec le sens commun ou les prénotions, qu’il s’agisse d’une « nouvelle citoyenneté » (histoire d’amour, évoquée par John Hellström, de la sprinteuse russe Ludmila Narozjilenko-Engqvist avec le public suédois à travers des mécanismes d’identification, d’assimilation ou d’intégration), de « communautés » ou d’ « identités nationales » (exemple, développé par Floris Van der Merwe, du rugby sud-africain et du rôle joué par Paul Roos sur fond de colonisation et d’unification du pays) ou bien encore de « représentations culturelles » (cas du nautisme, étudié par Denis Jallat sur la base de comptes rendus des « performances » du navigateur Eric Tabarly et du planchiste Arnaud de Rosnay, les processus de désignation ou de catégorisation de ces « exploits » donnant lieu à de nombreuses interrogations).
Par ailleurs, la sociologie du genre n’a pas été passée sous silence. Songeons à l’évocation, par Gertrud Pfister, de quelques figures de proue des JO de 1900 comme Hélène de Pourtalès ou Charlotte Cooper, à la mise en exergue de la problématique des inégalités ou de la discrimination, avec une sous-représentation dans les fonctions d’encadrement (Sonia El Amdouni), des carrières semées d’embûches (Immaculada Blanco Pastor et Francisco Martinez Cabrera), des stéréotypes ou un cumul de handicaps (Zohra Abassi). La mémoire collective, heureusement, garde toujours bien vivantes les images d’athlètes paraolympiques africaines (Charles Little), de pionnières en cross-country (Evangelina Vouzanidou), de personnalités charismatiques du nationalisme finnois (Aino Sarje) ou des premières marathoniennes (Miguel Angel Morales Cevidanes et al.).
L’éducation, via le processus de socialisation, met quant à elle l’accent :
- sur le décryptage du rapport au corps et des relations hommes/femmes dans la tradition arabo-musulmane (Zhora Abassi) ;
- sur l’examen de la transmission de normes ou d’idéaux ayant trait à la compétition (Alex de la Viuda Serrano), au « réveil olympique » grec ou à l’émergence d’un homme nouveau dans une optique « regénérationniste » (Teresa Gonzalez Aja) ;
- sur la prise en compte d’attitudes de type quijote comme en Espagne (Juan Carlos Castillo, Cristobal Serrano Gomez et Javier Real Herrera), ou de modes de sociabilité (Adel Belhadj) où se profilent le spectre de l’individu de masse et la montée des tribalismes.
La dimension sociohistorique est de même très présente chez Alberto Martin Barrero (transformation des équipements sportifs), Patricia Hadj Taieb, Morad Rouissi et Julio Herrador Sanchez (évolution des protocoles ou des symboles iconographiques), Fernando Garcia Romero, Dwailey Mansourihya ou Matti Goksoyr (processus de conversion, de projection ou d’héroïsation), Faten Hamdi et Samira Ouelhazi (reconstitution de parcours exemplaires, tel celui du champion tunisien Mohamed Gamoudi, de Sidi Aich à Mexico), Nenad Zivanovic (variations des conceptions ou des perceptions touchant à l’équité), Joachim Rühl ou Abel Ferreira Martin (persistance de certains mythes), Nabil Kerfes et al. (poids de la gloire et de l’immortalité).
L’analyse biographique enrichit la discussion : en témoignent les portraits, très documentés et pleins d’enseignements, de Marcel Cerdan (Jean-François Loudcher), d’Adolf Metzner et Elfriede Rahn-Kaun (Claus Tiedemann), de Janusz Kusocinski (Iwona Grys et Tomasz Jagodzinski), de Rigas Velestinlis (Christodoulos Faniopoulos et Pelagia Liandi) ou de Juan Antonio Samaranch (Maria Madrid Risquez).
Enfin, la médiatisation du héros, que celui-ci soit espagnol (Solead Moreno Bermudez) ou du monde arabe (Ali Elloumi et Imen Bel Amar), danois (Else Trangbaek) ou suédois (Leif Carl Yttergren), fait l’objet de diverses communications tant sous l’angle des techniques de reportage (Kazuhiko Kusudo) que d’un point de vue géopolitique (Swantje Scharenberg, Carlos Jesus Lopez Diaz ou Paula Rey Jimenez).
Comme l’a fort bien souligné Bertrand During, la plupart des interventions, à la croisée des savoirs et des valeurs, de la connaissance et de l’action, nous fournissent ainsi un éclairage très stimulant de l’olympisme et de ses fondements, entre « raison » (projet éducatif) et « mythologie » (imaginaire et symbolisme de l’émotion), les travaux de Roland Barthes ou de Claude Lévi-Strauss, de Paul Ricoeur ou d’Enrico Castelli, de Gilbert Durand ou de Mircea Eliade permettant d’approfondir toutes ces problématiques.
Au total, un colloque CESH de qualité, qui s’est déroulé dans d’excellentes conditions (un grand merci au comité d’organisation, et tout particulièrement à Ali Elloumi, Jean-François Loudcher et Alejandro Serrano de la Viuda), des échanges très conviviaux et une riche moisson. La publication des actes, sous forme d’ouvrage, n’en est que plus attendue.
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